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« Chez Saudan, il est primordial de passer outre les
premières impressions : sa peinture est expressive,
bavarde, extravertie, gestuelle. Elle est aussi - et surtout
- généreuse. Elle donne tout ce qu’elle
a à montrer, comme un marchand vanterait les qualités
de son produit en prétendant, pour mieux accrocher
le client, que ce n’est fait que de bric et de broc.
Il en est bien sûr tout autrement. Ce premier contact
dépassé, libre ensuite à celui qui regarde
de créer son propre univers, d’y attacher ses
histoires personnelles, de se laisser aller à rêver.
Les toiles de Saudan relèvent d’une approche
expressionniste mais, paradoxalement, l’hypertrophie
du geste n’a rien de conquérant ou d’héroïque.
Les titres qu’il s’ingénie à donner
à ses séries sont là pour brouiller les
pistes : natures mortes, Tour Montparnasse, chaises, paysages,
fleurs, tables, vases, bols, crucifixions, bœufs écorchés,
biches, sous-bois, Oran, le port et Ekmul sont autant de faux
repères, car l’origine en est souvent un objet
dérivé, déjà pâle avatar
du genre auquel il se réfère : une carte postale,
une fleur en plastique, une biche en terre cuite ou un bol
bon marché.
La dérision fait partie du discours que Saudan aime
distiller sur sa façon de travailler de même
que l’atmosphère très artistique de son
atelier, petit, encombré, maculé de peinture
et au chauffage incertain est un ingrédient qui lui
permet de se mettre en situation (romantique comme il le dit
parfois) et de relancer le propos, de développer le
travail, de le tester et de se mettre lui-même à
l’épreuve car au-delà de ce cabotinage
de façade, l’acharnement et l’authenticité
avec lesquels Saudan conquièrent le terrain incompréhensible
de la pratique picturale exigent de lui un engagement auquel
il n’a jamais renoncé.
Le questionnement et le besoin d’agir habitent les
heures quotidiennes qu’il passe face à ses travaux…
»
Chantal Prod’Hom.
ŒUVRES
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